Michel Vinaver


Les Travaux et les jours | 2002

Mise en scène Robert Cantarella
Dramaturge Marie-Pia Bureau
Scénographie Philippe Quesne
Vidéaste Fabien Rigobert
Musique Alexandre Meyer et Frédéric Minière
Assistante à la mise en scène Isabelle Angotti
Assistant à la scénographie Cyrille Gomez-Mathieu

Avec Stéphanie Farison, Sylvie Hériot, Johanna Korthals Altes, Emilien Tessier, Philippe Vieux

Les Travaux et les Jours de Michel Vinaver explore le nouveau lieu de répétitions du Théâtre Dijon Bourgogne, la salle Jacques Fornier, qui devient un site de travail avec un public. La mécanique de l’assemblage de l’écriture doit s’assimiler dans un flux de relations entre les corps et les voix. C’est notre tâche pendant les premiers temps de répétitions. Michel Vinaver vient nous voir après les deux premières semaines de répétitions et s’étonne de notre sècheresse. « Vous avez oublié l’affect. » dit-il, les doigts posés sur le bord de la table (Cette attitude me fait penser à un oiseau. Un jour, plus tard, aux Etats Unis, je le lui dirai, et il rira en ouvrant rapidement la bouche, comme un oiseau justement.). Notre analyse précise et maniaque du texte nous rendait secs, démonstratifs et appliqués. J’apprends le difficile réglage de la mise au présent des textes de Michel Vinaver. La formule de metteur en trop qu’il invente est une chausse-trappe. Il considère la mise en scène comme un art de l’assemblage et de la décision qui requiert le même entraînement que son travail de page. Et la dé-hiérarchisation qu’il décrit (je pense à la fois à son écriture et au sujet de son écriture) exige un réglage de l’acte au présent avec tous les participants du projet de scène. Je sais que lorsque la présentation du texte en jeu se réalise, c’est souvent de façon apparemment banale ou ordinaire (titre d’un de ses textes, bien entendu), et il faut résister à l’envie de l’expression ou de la démonstration. Le réglage est mouvant, dépendant, flottant. Pour Les Travaux et les Jours, c’est l’infinie variation de la distance entre les objets et les corps sur le plateau qui nous donne la note. À partir des dispositions entre les matières (acier et moquette, fer des chaises, des bureaux, des objets usuels, et feutre au sol) et des distances entre les parleurs, le texte prend, se constitue en tant qu’espace. Michel dit : « Je ne vois rien d’autre que ce que j’écris, je ne prévois pas la scène, je vois la page. », et il nous laisse sans commentaire autre que ce réglage à venir.

La relation nouvelle avec cet auteur est une ancre. Je peux me stabiliser, voir et m’orienter. L’apparente froideur que l’on a lue pendant si longtemps dans son théâtre (en 2006, il devient un auteur de théâtre reconnu après tant d’années de tranquille indifférence ou de mépris ou d’incompréhension) est parente de l’impassibilité nécessaire à l’observation pour celui qui veut saisir le réel. La saisie est toujours entre les phrases et le calcul à faire pour mettre à la scène les textes qu’il écrit pour la scène, est de laisser cet entre-les-phrases, mais aussi cet entre-les-choses, devenir la constante de la représentation, quitte à ne pas pouvoir arrêter le mouvement pour en désigner une justification mais de prendre plaisir (comme le futur spectateur, auditeur) aux contagions que le texte provoque en tant qu’espace.
Robert Cantarella

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